4 heures de marche

Sans carte ni boussole, le chemin sait où il va, suivons-le ! Une idée trotte comme un toutou qui parfois me précède, parfois reste en arrière. Je la rappelle mollement. Après tout suis-je son maître ? Elle et moi qui vagabondent, au dessous le vaste monde, nul besoin de longs discours.
Buissons, virages, ponts, horizons, les choses vont s’élargissant, et l’esprit va de même, lui que chaque nouveau pas libère. Comme en pilote automatique, je lâche prise et ne commande rien. Je vais volontiers où sont les vieux chênes, et les prairies et les champs de seigle. Là-bas quelques tournesols suivi d’un château et son vieux hameau. Sur ma gauche, le début d’un plateau désolé que traverse une petite route rarement fréquentée et qui fait bien des détours sans trop savoir où vous mener. C’est l’un des charmes du Périgord. Une spécialité. L’étroite route goudronnée zigzaguant sans but apparent.

Malgré le franc soleil matinal, l’air est particulièrement frais pour un mois d’août. Je décide de rester sur la route, de toute façon sans âme qui vive, et d’oublier les chemins de traverse qui s’offrent à ma curiosité. Mon idée me suit toujours, qui est en fait une question : cet individu moderne qui ère en permanence d’une zone à l’autre, si peu attaché « à un lopin de terre » mais qui cède en permanence à mille sollicitations extérieures fussent-elles virtuelles, peut-il encore être considéré comme un sédentaire ?
Est-ce la vie qu’il souhaite ? Redevient-il nomade pour autant ? Sans doute non. Juste un sédentaire frénétiquement agité. Un sédentaire consommateur de kilomètres et de destinations variées. Un peu comme un poisson rouge qui voudrait se balader partout mais à condition d’être toujours soigneusement enfermé dans son bocal.

Une très invasive civilisation de l’automobile, de l’internet et de la globalisation marchande achève aujourd’hui de conquérir toute la surface de la Terre, sans qu’il y ait beaucoup d’opposants déclarés. Nous sommes pourtant nombreux à sentir que tout cela ne tourne pas rond. Mais le sujet parait si complexe et si vaste (et il l’est à coup sûr !), le mouvement à l’oeuvre si puissant et la nature humaine si complexe et paradoxale.

Mère courage

Maman regarde son petit dernier et sourit. Plus les jours passent et plus elle se dit qu’il sera le plus intelligent de ses enfants.

Le plus turbulent aussi se dit-elle à présent qu’il grandit. Il casse un peu ses jouets, mais plus encore ceux de ses petits camarades.

Le temps a passé et son petit homme est devenu un étrange adulte. Maman tache de faire bonne figure, mais les rides creusent chaque jour un peu plus son beau visage. Elle a finalement compris que son petit n’était pas juste un enfant doué un peu caractériel. Il souffre d’un mal étrange qui le rend asocial. Faudra-t-il se résoudre à son enfermement ? Cela semblerait raisonnable. Mais n’est-il pas trop tard ? Personne ne semble pouvoir ni vouloir venir au secours de cette mère.

Son grand, hélas, saccage tout à présent, terrorise ceux qui l’entourent, violente sa mère, s’auto mutile. De tous ses enfants, Humain est bien le plus inquiétant, le plus dangereux. Peut-être aussi sans doute le plus malheureux. Maman saigne des derniers coups reçus et pleure.

chemin 2011

chemin 2011

Cet Ogre pour qui tout fait ventre.

Tant que ce qui est gratuit posera un problème à notre système économique, ce système économique sera notre principal problème, et celui de notre environnement. Les milieux alternatifs ne s’y sont pas trompés avec leur slogan « le monde n’est pas une marchandise ». Si tout devient capitalisable même la biodiversité des milieux naturels, si tout prend valeur marchande, y compris l’air que l’on respire ou le CO² non-produit (eh oui ! vendre du non existant !), si l’on peut tout breveter jusqu’à la couleur d’une tomate, l’humain a du souci à se faire : car il n’y a plus de place pour le Bien commun, et sans doute pour le Bien tout cours, remplacé par une course aux biens quantifiables, consommables, et surtout appropriables. Le choix du PIB contre le BUM, du Produit intérieur Brut contre le Bonheur Universel Maximum. Le choix de l’Ego en somme, sauf que, par définition, dans l’Ego, il n’y a la place que pour 1. Mais sans doute, comme dans toutes les histoires d’Ogre, chacun compte bien être celui, plus malin, qui ne sera pas dévoré.

Petit Poucet, combien de cailloux crois-tu qu’il te faudra pour t’en sortir vivant ?

photos 186

Lutte à mort contre Nature

La Nature, cette salope, il faut qu’elle obeîsse, qu’elle courbe l’échine, voire qu’elle rende gorge ! Voilà le mot d’ordre non-écrit mais clairement manifesté sur toute la surface terrestre. Nous sommes à l’ère de la vengeance des imbéciles obtus contre ce grand système du vivant qu’ils ne maitrisent et ne comprennent pas, sourdement encouragés par des générations d’ancêtres qui ne pouvaient pas en faire autant mais auraient bien voulu !

Un fascisme ancestral contre la Terre.

2013_2

Mornes jardins

Nettoyer dans l’esprit de certains de mes contemporains, doit sans doute être synonyme d’éliminer, raser, ratiboiser, faire place nette, décaper, annihiler, fracasser, pacifier, exterminer, rendre stérile… du moins si j’en juge par les jardins de mes voisins, toujours la main sur le paquet de pesticides, et où rien de dépasse de leurs gazons uniformes. Tristes, sans vie, sans abeille. Propres. Et je crains qu’ils ne votent comme ils jardinent…

La salade sous plastique, c’est propre
La viande javelisée, c’est propre
La tomate irradiée, c’est propre
Le potager pesticidé, c’est propre
L’allée roundupisée, c’est propre

En fait le problème de l’écologie, c’est une certaine conception erronée de la propreté.

photos 179