Sans carte ni boussole, le chemin sait où il va, suivons-le ! Une idée trotte comme un toutou qui parfois me précède, parfois reste en arrière. Je la rappelle mollement. Après tout suis-je son maître ? Elle et moi qui vagabondent, au dessous le vaste monde, nul besoin de longs discours.
Buissons, virages, ponts, horizons, les choses vont s’élargissant, et l’esprit va de même, lui que chaque nouveau pas libère. Comme en pilote automatique, je lâche prise et ne commande rien. Je vais volontiers où sont les vieux chênes, et les prairies et les champs de seigle. Là-bas quelques tournesols suivi d’un château et son vieux hameau. Sur ma gauche, le début d’un plateau désolé que traverse une petite route rarement fréquentée et qui fait bien des détours sans trop savoir où vous mener. C’est l’un des charmes du Périgord. Une spécialité. L’étroite route goudronnée zigzaguant sans but apparent.

Malgré le franc soleil matinal, l’air est particulièrement frais pour un mois d’août. Je décide de rester sur la route, de toute façon sans âme qui vive, et d’oublier les chemins de traverse qui s’offrent à ma curiosité. Mon idée me suit toujours, qui est en fait une question : cet individu moderne qui ère en permanence d’une zone à l’autre, si peu attaché « à un lopin de terre » mais qui cède en permanence à mille sollicitations extérieures fussent-elles virtuelles, peut-il encore être considéré comme un sédentaire ?
Est-ce la vie qu’il souhaite ? Redevient-il nomade pour autant ? Sans doute non. Juste un sédentaire frénétiquement agité. Un sédentaire consommateur de kilomètres et de destinations variées. Un peu comme un poisson rouge qui voudrait se balader partout mais à condition d’être toujours soigneusement enfermé dans son bocal.

Une très invasive civilisation de l’automobile, de l’internet et de la globalisation marchande achève aujourd’hui de conquérir toute la surface de la Terre, sans qu’il y ait beaucoup d’opposants déclarés. Nous sommes pourtant nombreux à sentir que tout cela ne tourne pas rond. Mais le sujet parait si complexe et si vaste (et il l’est à coup sûr !), le mouvement à l’oeuvre si puissant et la nature humaine si complexe et paradoxale.

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